Ce qu’on n’apprend pas en formation, mais que les années finissent par enseigner
En quinze ans de cabinet, j’ai entendu les femmes parler de leur ménopause. Pas de la même façon, pas avec les mêmes mots, mais avec, en filigrane, les mêmes territoires douloureux.
Certaines disent qu’on n’en parle pas, que le sujet reste étrangement silencieux autour d’elles, dans leur couple, avec leurs amies. D’autres disent qu’elles n’y étaient pas préparées, que personne ne leur avait vraiment expliqué à quoi allait ressembler cette période. Presque toutes, à un moment ou un autre, parlent de la même chose : le plus difficile, c’est de se sentir basculer dans une autre période de la vie, sans filet, sans repère clair, sans savoir ce qui les attend de l’autre côté.
Je pense notamment à Nadine, 52 ans, que j’ai accompagnée sur plusieurs mois. Ces deux enfants sont partis de la maison quasiment en même temps. La ménopause qui s’est installée en silence depuis quelques mois. Un jour, elle me dit : « C’est comme si tout m’arrivait en même temps. La maison qui se vide. Les règles qui s’arrêtent. La certitude que certains chapitres se ferment. » Elle n’a pas pleuré. Elle a regardé ses mains posées sur ses genoux et dans ce qu’elle vient de nommer, je comprends quelque chose que je n’avais pas encore tout à fait formalisé : la ménopause ne se vit pas de façon isolée, elle se télescope avec tout le reste.

Ce que je n’avais pas compris au début
Quand on parle de ménopause en formation de sophrologie, on parle de symptômes : bouffées de chaleur, troubles du sommeil, tensions musculaires, fatigue qui s’installe sans raison apparente. Des symptômes à apaiser, à l’aide d’outils à mobiliser.
Ce qu’on ne dit pas, c’est que la ménopause arrive rarement seule.
Elle s’installe souvent au moment où les enfants quittent la maison, où certaines relations se redéfinissent, où une identité construite pendant vingt ou trente ans : mère disponible, corps fertile, femme en mouvement, commence à se déplacer. L’arrêt des règles, qui serait presque anodin s’il était isolé, vient résonner avec tout cela. La fin de la maternité biologique n’est pas qu’un fait physiologique. Pour beaucoup de femmes, c’est une perte symbolique, même pour celles qui n’ont pas eu d’enfants, ou qui n’en voulaient plus. C’est la fermeture d’une porte que le corps gardait ouverte depuis l’adolescence.
« Je me sens vieille. Périmée. Comme si la société n’avait plus vraiment de place pour moi. »
« C’est une petite mort. Je sais que c’est fort comme mot, mais c’est ce que je ressens. »
« Je ne sais pas ce qui m’attend après et cette incertitude m’épuise autant que le reste. »
Ces phrases, je les ai entendues à plusieurs reprises. Ce qui me frappe, à chaque fois, c’est la solitude dans laquelle elles les portent. Seules face à un passage que personne autour d’elles n’a nommé clairement. Seules face à un corps qui change selon des règles qu’elles n’ont pas choisies. Seules face à la peur de l’inconnu, cet après dont personne ne leur a montré le visage.
Ce que j’ai compris à travers les années, c’est qu’une grande partie du travail ne porte pas sur les symptômes. Il porte sur ce que la femme ne sait pas faire de ce passage, parce que personne ne lui a montré comment le traverser, parce qu’elle n’a pas vu sa propre mère le traverser avec présence et sérénité, ou pas échangé avec elle, parce que la société lui a appris à gérer en silence et à avancer malgré tout.
Ce que j’ai ajusté dans ma pratique
Pendant longtemps, j’ai travaillé comme j’ai appris à le faire : en l’avant vers demain : visualisation positive, projection dans un futur apaisé, renforcement de ce qui va bien. C’est puissant. C’est utile. Et dans de nombreux contextes, c’est juste.
Mais avec les femmes en ménopause, j’ai appris à ralentir avant d’aller vers demain.
Les visualisations positives trop rapides, celles qu’on installe avant d’avoir vraiment accueilli ce qui est là, ne prenaient pas. Elles glissaient. Ces femmes les vivaient comme une injonction de plus à aller bien, à trouver du positif, à « gérer ». Alors j’ai lâché cette tendance. J’ai commencé par revenir au corps, pas pour le corriger, pas pour le transformer, mais pour le sentir, le regarder et finalement l’habiter autrement.
Concrètement, cela a changé la façon dont je travaille la respiration face aux bouffées de chaleur : non plus comme une technique de gestion, mais comme un chemin pour traverser la vague sans la combattre, la laisser monter, la sentir, l’accompagner jusqu’à ce qu’elle redescende. Cela a changé aussi le travail sur le sommeil : les techniques de relaxation profonde que je propose maintenant sont construites pour favoriser un laisser être qui part du corps et non de la tête. Sur la fatigue chronique, j’ai appris à distinguer ce qui relève de l’épuisement physiologique de ce qui relève du poids psychique, ces femmes qui portent en silence depuis des mois, parfois des années.
J’ai aussi commencé à travailler différemment la question de l’image du corps. Non pas pour restaurer une image perdue, mais pour aider la femme à développer une conscience corporelle nouvelle : plus fine, plus douce, moins tributaire du regard extérieur. Il y a quelque chose de profond qui peut se déposer quand une femme cesse de comparer son corps d’aujourd’hui à celui d’avant, et commence à le rencontrer tel qu’il est.
C’est là que la dimension symbolique rejoint le travail somatique. La vie d’une femme se répète en cycles, comme ceux de la nature. La ménopause n’est pas la fin d’un cycle. C’est l’entrée dans un autre : un cycle où la féminité ne se mesure plus à la fertilité, mais à quelque chose de plus intérieur, de plus ancré, de plus libre.
Aider une femme à sentir cela dans son corps, pas à le comprendre intellectuellement, mais à le sentir, c’est un travail pour nous sophrologue et c’est un travail qui ne s’improvise pas.
Ce que la ménopause m’a appris sur la sophrologie
Si je devais nommer la chose la plus précieuse que ces accompagnements m’ont permis de confirmer, ce serait celle-ci : la sophrologie est une pratique de la répétition, et la répétition est ce qui transforme.
Pas la répétition mécanique, robotique, sans conscience. La répétition vivante, celle qui ramène au même exercice, à la même respiration, au même ancrage, et qui à chaque retour trouve quelque chose de légèrement différent. La femme qui revient en séance cette semaine n’est pas exactement celle qui est venue la semaine dernière. Son corps a bougé., ses nuits ont peut-être été différentes, une émotion a traversé.
Ce que la ménopause m’a montré, c’est que nous sommes les actrices de notre propre vie. Ce que nous projetons sur nous-mêmes a plus de chances de se réaliser que ce que nous n’osons pas projeter. Dans un sens comme dans l’autre, la vigilance ou l’ouverture, la catastrophe anticipée ou la possibilité entrevue.
La sophrologie ne guérit pas la ménopause. Elle ne supprime pas les bouffées de chaleur ni les nuits difficiles, mais elle crée les conditions pour que la femme reprenne sa place d’actrice, de son corps, de ses émotions, de cette étape de vie. Et ça, je ne l’ai pas appris en formation, je l’ai appris dans les séances, avec les femmes, au fil des années.
Pour aller plus loin avec vos clientes — et avec vous-même
Si vous êtes sophrologue et que vous accompagnez des femmes en ménopause ou que vous souhaitez le faire, vous reconnaissez peut-être quelque chose dans ce que je viens de décrire. Cette sensation qu’il y a plus à faire que ce qu’on vous a appris, que ces femmes méritent un accompagnement qui tient à la fois le corps, l’émotion et le symbolique.
Le 15 avril prochain, de 9h à 12h30, je propose un atelier interactif en visio conçu pour les sophrologues qui veulent accompagner la ménopause avec plus de justesse et d’outils concrets.
Nous travaillerons ensemble sur la réalité physiologique et émotionnelle de cette période, sur les techniques spécifiques pour soulager les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil et la fatigue, sur le travail de conscience corporelle et d’image de soi, et sur ce que cette transition porte de symbolique et de libérateur.
Vous repartirez avec des pratiques précises, testées, ajustables selon les profils et les audios des guidances utilisées pendant l’atelier.
Il ne s’agit pas de transformer la ménopause en quelque chose qu’elle n’est pas. Il s’agit d’en faire ce qu’elle peut être : une transition vers plus d’incarnation, de sagesse, et de présence à soi.
Je m’inscris à l’atelier du 15 avril
Emmanuelle Le Bris — Sophrologue et Formatrice depuis 15 ans
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