Depuis plus de quinze ans que j’accompagne des enfants en cabinet, j’observe une évolution nette : les manifestations de stress et d’anxiété se sont intensifiées et concernent des enfants de plus en plus jeunes. Là où ces difficultés apparaissaient autrefois principalement à l’entrée au collège ou lors de périodes charnières, elles touchent aujourd’hui des enfants dès 4 ou 5 ans.
De plus en plus de sophrologues reçoivent ainsi en cabinet des enfants présentant des manifestations de stress ou d’anxiété parfois très intenses.
Les parents prennent rendez-vous parce que le sommeil de leur enfant est perturbé. Parce que le leur l’est aussi. Parce que les soirées deviennent compliquées, les séparations difficiles, les peurs envahissantes. Parce que l’enfant n’ose plus participer à certaines activités, anticipe tout, ou se met à pleurer pour des raisons qui semblent parfois incompréhensibles.
Et bien souvent, derrière la demande initiale, il y a une inquiétude diffuse : « Nous sentons que quelque chose ne va pas, mais nous ne savons plus comment l’aider. »
Pour le sophrologue, ces accompagnements sont passionnants… et parfois déstabilisants.
On cherche des outils. On en teste. Certains fonctionnent. D’autres moins. Et rapidement une question apparaît : comment accompagner ces enfants avec justesse, sans promettre, sans brusquer, sans passer à côté ?
C’est à partir de mon expérience d’accompagnement d’enfants depuis de nombreuses années que je souhaite partager ici quelques repères.

Ce que les parents observent en premier : l’impact sur le quotidien
Avant même de parler d’anxiété, les parents viennent souvent consulter pour des conséquences très concrètes :
- Un endormissement long et difficile
- Des réveils nocturnes fréquents
- Des peurs irrationnelles ou envahissantes
- Une forte anxiété de séparation
- Des maux de ventre ou de tête récurrents
- Une irritabilité ou une hypersensibilité émotionnelle
- Une difficulté à aller vers les autres ou à rester dans un groupe
L’anxiété de l’enfant ne reste jamais isolée. Elle impacte :
- Son sommeil
- Sa concentration
- Ses relations
- Sa confiance en lui
- Mais aussi l’équilibre familial
Lorsque l’enfant dort mal, les parents dorment mal. Lorsque l’enfant anticipe et s’inquiète, l’atmosphère familiale se tend. Les fratries peuvent être impactées. L’école également.
Il ne s’agit pas seulement d’un enfant anxieux. Il s’agit d’un système entier qui tente de s’ajuster.
Comprendre ce qui se joue réellement : stress, anxiété et système nerveux
D’un point de vue neurodéveloppemental, le stress et l’anxiété sont étroitement liés.
Le stress est une réponse naturelle du système nerveux face à une situation perçue comme exigeante. Lorsqu’il est ponctuel, l’organisme mobilise ses ressources puis retrouve son équilibre.
L’anxiété apparaît lorsque ces réponses de stress deviennent répétées, prolongées ou imprévisibles. Le système nerveux ne parvient plus à revenir à un état d’apaisement durable. Il reste en vigilance.
Chez l’enfant, l’anxiété peut alors être comprise comme le signe d’un système nerveux immature et saturé, qui tente de se protéger face à une accumulation de stimulations émotionnelles, sensorielles ou relationnelles.
L’immaturité du cerveau : un repère essentiel pour le sophrologue
Le cerveau de l’enfant est encore en construction. Les zones impliquées dans la régulation émotionnelle, notamment le cortex préfrontal, sont immatures. À l’inverse, les structures impliquées dans la détection du danger sont très actives.
Concrètement, cela signifie que l’enfant ressent d’abord, puis comprend ensuite. Il peut vivre une peur très réelle dans son corps sans disposer encore des ressources internes pour la relativiser ou la réguler seul.
La régulation passe alors prioritairement par :
- Le corps
- La relation
- Le sentiment de sécurité
Bien plus que par des explications rationnelles. Cette compréhension change profondément la manière d’accompagner.
Quand certains enfants anticipent déjà le pire
Certains enfants présentent très tôt une grande capacité d’anticipation. Ils imaginent ce qui pourrait se produire, envisagent des scénarios catastrophes, redoutent des situations qui n’ont pas encore eu lieu.
Cette anticipation n’est pas un signe de maturité émotionnelle. Elle correspond souvent à une tentative de contrôle face à une insécurité interne.
J’accompagne par exemple Hugo, cinq ans, passionné de dinosaures et particulièrement sensible aux stimulations sensorielles et émotionnelles. Hugo anticipe beaucoup. Il a souvent peur… d’avoir peur.
Lors d’une visualisation guidée, je lui propose de rejoindre un univers qu’il aime : celui des dinosaures. Très vite, son imaginaire s’emballe. Il craint d’être attaqué. Puis imagine un volcan qui explose. Ce qui devait être un moment sécurisant devient une succession de scénarios anxiogènes.
Chez Hugo, la pensée anticipe pour tenter de se protéger. Elle ne calme pas. Elle maintient en vigilance.
Il est également très perméable au climat émotionnel familial et vit difficilement la présence de son petit frère, très différent de lui. Ses peurs ne sont pas isolées ; elles s’inscrivent dans un ensemble.
Un jour, il rapporte une phrase entendue à l’école et surtout comprise de cette manière : « Ce serait bien que tu te débarrasses de tes peurs… » Ce qu’il retient surtout, c’est que sa peur pose problème.
Ce type de situation est fréquent. L’enfant perçoit, interprète, internalise. Et son système nerveux reste en alerte.
Ce que ces situations viennent toucher chez le sophrologue
Accompagner ces enfants peut réveiller chez le sophrologue :
- Un sentiment d’impuissance
- L’envie d’aider rapidement
- La recherche de la technique qui va fonctionner
- La pression implicite des attentes parentales
Avec le temps, une autre posture peut se construire. Une posture qui n’est ni passive ni toute-puissante. Une posture qui consiste à offrir un cadre stable, sécurisant, ajusté.
Aujourd’hui, lorsque j’accompagne un enfant anxieux, je me rappelle simplement : être là pour lui, à son rythme, sans attente particulière, en m’ajustant à ce qu’il montre et à ce qu’il vit. Cette présence change profondément l’efficacité des outils proposés.
Les outils : utiles, mais jamais magiques
Les sophrologues ont besoin d’outils concrets pour accompagner les enfants : exercices dynamiques, respirations, visualisations, médiations corporelles. Ces outils sont précieux. Mais ils ne sont jamais magiques.
Leur efficacité dépend :
- De la manière dont ils sont proposés
- De l’état intérieur du sophrologue
- De l’ajustement à l’enfant
- Du rythme du processus
Proposer un exercice pour faire taire la peur ne produit pas le même effet que proposer un exercice pour aider l’enfant à traverser ce qu’il ressent.
L’enfant dans son système familial
Un enfant évolue toujours dans un système familial singulier. Parfois, l’accompagnement concerne uniquement l’enfant. Parfois, lorsque cela est possible, il s’inscrit dans une dynamique plus large. L’enfant n’est pas le problème à résoudre. Il exprime, à sa manière, des tensions, des adaptations, des sensibilités.
Les parents, quant à eux, font le plus souvent de leur mieux avec leurs propres ressources, leur fatigue, leurs inquiétudes et leur histoire. Comprendre cela permet au sophrologue de rester dans une posture respectueuse et ajustée.
Pourquoi approfondir sa pratique sur ces accompagnements
Accompagner le stress et l’anxiété chez l’enfant demande aujourd’hui :
- Une compréhension fine du fonctionnement du système nerveux
- Des outils réellement adaptés
- Une posture sécurisante pour l’enfant et pour le sophrologue
- La capacité à s’ajuster en permanence
C’est dans cet esprit que je propose régulièrement un atelier de 3h30 destiné aux sophrologues souhaitant affiner leur accompagnement des enfants stressés et anxieux. Le prochain atelier se déroule le 25 février 2026 de 9h – 12h30 en visio. Vous souhaitez vous inscrire cliquez ici.
Nous y aborderons :
- La compréhension du stress et de l’anxiété chez l’enfant
- Leurs manifestations actuelles
- L’impact sur l’enfant et son environnement
- Des outils concrets et ajustés
- La posture de l’accompagnant
Un temps pour partager, questionner, affiner sa pratique et gagner en sécurité intérieure dans ces accompagnements parfois sensibles.
Accompagner un enfant anxieux ne consiste pas à faire disparaître ce qu’il ressent, mais à lui offrir un espace où son système nerveux peut progressivement retrouver plus de sécurité et de souplesse. Ce n’est pas chercher à faire disparaître ce qui dérange, c’est offrir un cadre dans lequel quelque chose peut se transformer, à son rythme.
Emmanuelle Le Bris – Sophrologue et Formatrice
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