Une personne commence à pleurer pendant une séance. Cela vous est peut-être déjà arrivé. Vous poursuivez une pratique et vous entendez sa respiration changer. Vous l’observer et vous voyez des larmes couler. L’émotion peut aussi surgir pendant l’échange, à partir de quelques mots qui semblaient pourtant anodins.
À cet instant, que se passe-t-il pour vous ?
Vous êtes peut-être parfaitement à l’aise et vous laissez simplement les choses se dérouler. Peut-être ressentez-vous au contraire une légère tension, l’envie de dire quelque chose, de rassurer ou de poser une question. Vous vous demandez s’il faut continuer la pratique ou l’interrompre et vous cherchez rapidement à comprendre ce dont cette personne a besoin.
Ces réactions sont profondément humaines et font partie de la relation d’accompagnement. Elles ne disent en aucun cas que nous accompagnons bien ou mal. Elles parlent simplement de nous, de notre manière d’être en relation et de ce qui nous met plus ou moins à l’aise lorsque la personne ne face de nous est traversée par une émotion et que la séance ne se déroule pas tout à fait comme nous l’avions prévu.

Sommes-nous tous à l’aise avec les mêmes émotions ?
Les pleurs ne sont d’ailleurs pas toujours ce qui nous déstabilise le plus.
Certains sophrologues sont très à l’aise avec une personne qui pleure et beaucoup moins lorsqu’elle se met en colère. Pour d’autres, c’est le silence qui devient difficile. La personne ne répond plus, reste les yeux fermés longtemps après la fin de la pratique ou semble chercher ses mots. Combien de temps sommes-nous capables de laisser ce silence exister avant de ressentir le besoin de le remplir ?
Il y a aussi ces moments où la personne dit qu’elle ne ressent rien, qu’elle ne sait pas ou qu’elle n’arrive pas à faire ce que nous lui proposons. Une émotion peut apparaître soudainement sans que nous comprenions pourquoi. Nous pouvons également avoir préparé une séance avec soin et réaliser, en quelques secondes, que nous allons probablement devoir faire autrement.
Nous avons chacun des situations avec lesquelles nous sommes très à l’aise et d’autres qui viennent davantage nous chercher. Notre expérience professionnelle compte, bien sûr, tout comme notre histoire et notre propre rapport aux émotions, au silence, à la colère, aux pleurs, à l’impuissance ou au fait de ne pas savoir.
Prendre conscience de cela ne revient pas à remettre en question notre pratique. C’est au contraire une façon de mieux connaître le ou la sophrologue que nous sommes dans la relation et face à certaines choses.
Lorsque l’émotion apparaît, notre attention se tourne naturellement vers le client
Nous observons sa respiration, sa posture et son visage. Nous écoutons ses mots ou son silence, nous essayons de comprendre ce dont il a besoin et nous nous demandons peut-être comment poursuivre.
Cette attention est indispensable. Pourtant, une autre information peut nous être utile : ce que la situation est en train de produire en nous.
Imaginons que les larmes apparaissent et que vous ressentiez immédiatement l’envie de rassurer. D’où vient cette envie ? Peut-être percevez-vous que la personne a réellement besoin d’être rassurée, peut-être supportez-vous difficilement de la voir souffrir, peut-être avez-vous peur qu’elle soit submergée par ce qu’elle ressent ou craignez-vous de ne pas savoir quoi faire si l’émotion augmente encore.
Aucune de ces possibilités n’est à considérer comme une erreur, ce ne sont simplement que des informations différentes.
La même réflexion peut être menée face au silence. Si vous posez rapidement une question : est-ce parce que ce moment nécessite de relancer l’échange ou parce que ce silence devient inconfortable pour vous ? Si vous proposez une respiration ou une autre pratique, répondez-vous à quelque chose que vous avez observé chez la personne ou au besoin de retrouver un terrain sur lequel vous vous sentez plus à l’aise ?
Nous ne pouvons évidemment pas nous poser toutes ces questions pendant que nous conduisons une séance. Ce serait épuisant et probablement peu aidant. Le travail peut se faire ailleurs, en revenant après coup sur certaines situations et en observant peu à peu nos propres façons de fonctionner.
Il y a parfois une petite urgence à vouloir bien faire
Lorsque nous sommes sophrologues, nous avons appris à proposer. Nous connaissons des techniques, des exercices dynamiques, des respirations, des mouvements et des visualisations. Nous avons pu passer du temps à préparer notre séance et nous voulons naturellement être utiles à la personne qui vient nous voir.
Face à une émotion très présente, cette envie d’aider peut devenir une envie d’agir. Proposer quelque chose peut évidemment être pertinent. La question n’est pas de savoir s’il faudrait intervenir ou ne pas intervenir, mais de pouvoir reconnaître les moments où nous choisissons véritablement ce que nous faisons et ceux où nous agissons surtout parce que rester quelques instants sans savoir exactement ce qui va suivre nous est difficile.
Comment vivez-vous, par exemple, le fait de ne pas savoir immédiatement quoi proposer ? Que ressentez-vous lorsqu’une personne reste silencieuse après une pratique et que vous ignorez ce qui se passe pour elle ? Comment réagissez-vous lorsqu’un client refuse une proposition qui vous semblait adaptée ou lorsque l’émotion persiste malgré ce que vous avez proposé ?
Ces situations ne demandent pas nécessairement davantage de techniques. Elles nous invitent parfois à développer autre chose : notre capacité à rester disponibles alors que nous n’avons pas encore décidé de la suite.
Nous pouvons aussi nous demander ce qui nous fait peur
Le mot « peur » peut sembler fort. Pourtant, certaines inquiétudes peuvent traverser très rapidement la relation sans que nous les formulions clairement.
Nous pouvons avoir peur de mal faire, de ne pas trouver les bons mots, d’aller trop loin ou de ne pas aller assez loin, de laisser la personne avec une émotion trop forte, de ne pas savoir comment reprendre la séance ou de sortir de notre champ de compétences. Nous pouvons même craindre que la personne pense que la séance lui fait plus de mal que de bien.
Ces inquiétudes peuvent être discrètes, elles n’empêchent pas d’accompagner et elles ne signifient certainement pas que nous ne sommes pas à notre place. Elles peuvent simplement influencer nos décisions.
Certaines nous conduisent à intervenir très vite, d’autres nous font hésiter alors que nous sentons qu’une intervention serait nécessaire, tandis que d’autres encore nous poussent à nous accrocher à ce que nous avions préparé parce que changer de direction en cours de séance nous déstabilise et nous fait perde nos repères.
Les regarder avec attention plutôt qu’avec jugement peut devenir une véritable ressource professionnelle. Plus je connais ce qui me déstabilise, plus je peux éviter que cela décide à ma place.
Il ne s’agit pas de devenir impassible
Notre objectif n’est certainement pas de devenir des sophrologues qui ne ressentent rien face à leurs clients. La qualité de la relation passe aussi par notre sensibilité, notre attention, notre capacité à être touché par notre client et la manière dont nous y répondons.
Il ne s’agit pas non plus de nous observer en permanence. Nous avons déjà beaucoup de choses à intégrer lorsque nous débutons et la fluidité vient progressivement avec la pratique.
L’enjeu est plus simple : développer suffisamment de connaissance de notre propre fonctionnement pour pouvoir, dans les moments où la séance nous surprend, retrouver un peu d’espace entre ce que nous ressentons et ce que nous décidons de faire.
Cet espace peut parfois ne durer que quelques secondes. Il permet pourtant de revenir vers la personne, d’observer ce qui est réellement là et de choisir plus tranquillement de poursuivre, d’attendre, de questionner, de ralentir, de modifier ce que nous avions prévu ou d’arrêter.
Il n’existe pas une bonne réponse applicable à toutes les situations. C’est précisément ce qui rend intéressant le travail sur la posture : il ne nous apporte pas une nouvelle recette, il nous aide à être plus libres dans l’utilisation de tout ce que nous savons déjà faire.
Si vous preniez quelques minutes pour y penser ?
Repensez à une séance au cours de laquelle l’émotion d’un client vous a surpris. Il ne s’agit pas nécessairement d’une situation difficile ou spectaculaire, simplement d’un moment où vous avez senti que quelque chose changeait et où vous avez dû vous adapter.
Quelle a été votre première réaction ? Avez-vous eu envie de parler, de rassurer, de proposer quelque chose ou d’attendre ? Vous êtes-vous senti à l’aise ou avez-vous ressenti une tension ? Avec le recul, savez-vous ce qui vous a conduit à choisir cette réponse plutôt qu’une autre ?
Il n’est pas nécessaire de trouver une réponse ou une conclusion. Le simple fait de revenir sur ce moment peut déjà ouvrir une réflexion sur votre manière personnelle d’être sophrologue, d’accueillir et d’accompagner vos clients.
C’est cette réflexion que je vous propose de poursuivre dans l’atelier « Quand l’émotion prend toute la place en séance », le mercredi 14 octobre de 9 h à 12 h 30 en visioconférence.
Pendant toute la matinée, nous ne chercherons pas à apprendre une conduite à tenir face aux pleurs, une autre face à la colère et une troisième face au silence. Nous partirons de situations concrètes pour observer ce qui se joue chez le client, mais aussi ce que ces situations viennent mobiliser chez nous. Nous allons expérimenter, évoquer nos situations, nous permettre de prendre du recul et réfléchir ensemble à la manière de rester disponibles lorsque l’émotion vient bousculer ce que nous avions prévu.
L’objectif n’est pas de repartir avec davantage de choses auxquelles penser pendant vos séances. Il est au contraire de développer des repères suffisamment intégrés pour vous sentir plus libres d’observer, de choisir et d’ajuster, sans chercher immédiatement la bonne technique ou la bonne réponse.
Si certaines situations évoquées dans cet article vous ont rappelé vos propres séances, si vous avez reconnu une réaction qui vous est familière ou si elles ont simplement éveillé votre curiosité sur votre manière d’accompagner, l’atelier vous permettra d’aller plus loin que la réflexion : nous pourrons mettre ces questions au travail et les expérimenter ensemble.
Mercredi 14 octobre 2026 • 9 h–12 h 30 • Visioconférence
60 € • Replay disponible
Découvrir l’atelier et s’inscrire en cliquant ici
Emmanuelle Le Bris – Sophrologue
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