Fatigue constante, cerveau en boucle, irritabilité, culpabilité tenace, sommeil agité… Ces signaux ne trompent pas. Derrière eux se cache souvent une surcharge mentale qu’il ne suffit pas d’ignorer ou d’apaiser en surface.

Une réalité quotidienne, encore trop banalisée
La charge mentale n’est pas un effet de mode. C’est une réalité profondément ancrée dans le quotidien, en particulier chez les femmes.
- Selon l’IFOP (2021), 80 % des femmes actives déclarent penser à l’organisation familiale même lorsqu’elles sont au travail.
- Une étude IPSOS (2019) révèle que 71 % des femmes estiment porter seules la responsabilité de la gestion du foyer.
- Ce phénomène touche également des femmes sans enfant, des aidantes familiales, des femmes en reconversion ou entrepreneures… et de plus en plus d’hommes, bien que dans une moindre proportion.
En cabinet, cela se traduit par des clientes (et parfois des clients) épuisé·es mais fonctionnel·les, qui continuent à « tenir », en apparence, mais qui ne trouvent plus aucun espace pour elles-mêmes.
En quoi la sophrologie peut-elle aider ?
La sophrologie ne remplace ni un changement de conditions de vie, ni un soutien psychologique approfondi.
Mais elle peut offrir un espace de ressourcement précieux, à condition d’être utilisée avec finesse et adaptation.
Elle permet de :
- Sortir du mental pour revenir à la sensation
- Ralentir en sécurité, dans un cadre soutenant
- Retrouver du pouvoir d’agir (en se reconnectant à ses besoins, son rythme, ses choix)
- Apaiser la perception du temps et relâcher l’hypervigilance
- Accueillir sans culpabilité le besoin de pause
En quoi la sophrologie peut-elle aider ?
La sophrologie, lorsqu’elle est pratiquée avec justesse, peut devenir un véritable levier d’apaisement et de recentrage pour les personnes en surcharge mentale. Non pas en promettant de tout résoudre ou de faire disparaître les causes — souvent structurelles, sociales, ou liées à des mécanismes profonds — mais en offrant un espace de répit, de reconnexion, et parfois de bascule vers une autre manière de se vivre.
Ce que permet la sophrologie, dans ce contexte :
✔ Un ralentissement intérieur, enfin permis
Quand tout va trop vite, que l’on anticipe constamment la suite, la séance devient un lieu où le temps se dilate. Le simple fait d’être là, sans être interrompu·e, sans rien devoir produire ou prouver, est déjà un acte réparateur.
La respiration, le silence, les temps d’intégration favorisent ce ralentissement du mental si difficile à initier autrement.
✔ Une reconnexion au corps, souvent négligée
Dans la surcharge mentale, le corps est souvent relégué au second plan. On le tire, on l’oublie, on le contraint. La sophrologie propose un retour en douceur aux sensations, aux appuis, à la respiration.
Ce retour au corps remet la personne en lien avec elle-même, avec ses limites, ses besoins, ses signaux d’alerte.
✔ Une suspension du jugement
Les personnes en surcharge mentale sont souvent très dures avec elles-mêmes. Elles s’en demandent beaucoup, se critiquent facilement, et ressentent peu de fierté malgré leurs efforts.
La sophrologie invite à l’écoute sans analyse, à l’accueil sans évaluation, à vivre l’expérience telle qu’elle est. Cette posture d’accueil inconditionnel est précieuse : elle autorise l’être à se sentir suffisant, là où tout crie “pas assez”.
✔ Une reconstruction progressive du rapport au temps
Un des grands marqueurs de la charge mentale est la sensation de ne jamais avoir le temps.
Les pratiques sophrologiques peuvent aider à modifier la perception subjective du temps : habiter pleinement un instant, ressentir la densité d’une respiration, expérimenter une pause qui « existe vraiment ».
Cette revalorisation du présent est un contre-pied fondamental au mode mental orienté vers le “à faire”.
✔ Une expérimentation de la pause… sans culpabilité
Dans bien des cas, le plus grand défi n’est pas de ralentir, mais de se l’autoriser.
La sophrologie peut devenir le premier espace où cette autorisation est donnée et vécue. Une expérience répétée d’un moment de répit, vécu comme légitime, peut petit à petit ouvrir la voie à d’autres changements dans le quotidien.
Ce que la sophrologie n’est pas, cependant :
- Une méthode miracle pour “lâcher prise”
- Un substitut à une psychothérapie ou à un travail systémique
- Une technique de relaxation générique à proposer à l’identique pour tout le monde
Mais dans les mains d’un·e praticien·ne attentif·ve, capable d’écouter finement ce qui se joue pour la personne accompagnée, la sophrologie peut devenir un levier de transformation profond, par l’expérience du corps, du souffle et de la présence à soi.
Un exemple concret issus de la pratique
Claire, 38 ans, trois enfants, cheffe de projet
Elle arrive en séance avec une phrase qui résume tout : « J’ai l’impression que si je m’arrête, tout s’écroule. »
Claire est tendue, très dans le contrôle. Elle parle vite, saute d’un sujet à l’autre. Elle a “tout essayé” (yoga, méditation en ligne), mais ne tient jamais plus de trois jours. Elle culpabilise d’être irritable avec ses enfants, mais ne sait pas comment faire autrement.
Le travail sophrologique a commencé par des exercices simples de relâchement des tensions corporelles et d’ancrage debout, de contact aux appuis, sans chercher à “faire » quoique ce soit seulement se connecter au corps et aux sensations qui apparaissent, même infimes. Elle a expérimenté, au fil des séances, des respirations sans rythme imposé, puis des visualisations courtes, adaptées à son rythme et sa disponibilité.
Le plus grand bénéfice qu’elle a nommé : “Me rendre compte que je peux ralentir sans que tout s’effondre.”
Comprendre pour mieux accompagner
La charge mentale n’est pas qu’une surcharge cognitive. C’est aussi un système de fonctionnement installé, parfois depuis l’enfance : anticipation constante, besoin de maîtrise, difficulté à demander de l’aide, croyances autour de la valeur personnelle liée à la performance.
En tant que sophrologue, il est essentiel de :
- Ne pas plaquer de solutions ou de protocoles tout faits
- Ne pas culpabiliser davantage en incitant trop vite à “prendre soin de soi”
- Proposer des expériences courtes, simples, incarnées, souvent répétées, qui permettent de recréer un lien entre sensations et sécurité
Quelques pistes d’ajustement dans votre pratique
Observer le corps… avant les mots
Apprenez à repérer les signaux de tension chronique : visage figé, mâchoire serrée, souffle haut, posture verrouillée, débit rapide…
Cela vous guidera sur le bon niveau de pratique : pas trop vite, pas trop abstrait, pas trop longtemps.
Privilégier le mouvement corporel, l’ancrage et le souffle
Proposez des exercices qui aident à prendre conscience des tensions corporelles et à les relâcher, à ancrer le corps : sentir le sol, le poids du corps, la stabilité.
Puis, seulement si la personne y est prête, introduisez des respirations douces, sans contrainte.
Travailler le rapport au temps
Intégrer des pratiques pour :
- Ressentir la durée d’un instant
- Ralentir le rythme intérieur
- S’autoriser une micro-pause sans culpabilité
Créer un espace de non-exigence
Créer un espace de non-exigence, c’est offrir à la personne un moment rare où elle n’a rien à réussir. Dans cet espace, même « ne rien ressentir », « ne rien visualiser » ou « ne rien faire » a pleinement sa place. C’est une invitation à être simplement là, sans attente ni jugement, loin des injonctions du quotidien. Et souvent, c’est dans ce vide assumé que le vrai relâchement commence.
Et si vous vous sentez un peu démuni·e face à cela…
C’est tout à fait légitime. La charge mentale est une problématique subtile, profonde, systémique, qui mérite d’être abordée avec respect et nuance.
Vous n’avez pas besoin d’en savoir plus ni d’être plus performant-e que vos client-es, . Mais vous avez besoin de savoir reconnaître ce qui se joue et de disposer de quelques outils adaptés pour ajuster votre posture.
Ce qu’il faut retenir
- La charge mentale n’est pas qu’un excès de pensées, c’est un mode de fonctionnement souvent installé depuis longtemps.
- La sophrologie peut être d’un grand soutien à condition d’ajuster la pratique, de rester proche du corps, du rythme, du vécu réel de la personne.
- Il n’y a pas de technique miracle, mais une posture d’accueil, des outils adaptés, et une écoute fine à développer au fil du temps.
Et si cet article résonne avec ce que vous observez dans vos séances, c’est peut-être qu’il est temps pour vous aussi de vous autoriser à approfondir ce sujet, à consolider vos repères, à explorer d’autres manières d’accompagner ces client·es dont la tête déborde — et dont le corps, parfois, attend qu’on l’écoute à nouveau.
C’est précisément ce que nous explorerons ensemble lors de l’atelier « Sophrologues : Soulager la charge mentale », le 9 septembre, de 9h à 12h30, en live et en ligne.
Un temps pour affiner votre posture, découvrir des outils concrets et ancrer votre pratique dans une réalité que beaucoup vivent… sans toujours savoir la nommer.
Et vous, comment abordez-vous cette thématique en séance ? Avez-vous déjà été confronté·e à une charge mentale difficile à nommer ou à accueillir ? Je serais ravie de lire vos expériences, vos questions ou vos réflexions en commentaire.
Emmanuelle Le Bris – Sophrologue et Formatrice
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